Ce que j'écris, ce qui me chiffonne, ce qui m'émeut, ce qui m'énerve, ce qui me fait rêver... a une petite chance d'apparaître ici... poésie, écriture, insolite, astuces, détente
Dans la fraîche clarté d'un matin brumeux de novembre, je traverse le pré qui sépare nos maisons. Des lambeaux de brume epars semblent s'accrocher aux branches et aux troncs des arbres, tels les bras fantômatiques et déformés des âmes toumentées qui hantent certains lieux. Mais les arbres restent sourds à leurs plaintes muettes, et, impassible, le doux et froid soleil de l'automne dissipe inexorablement ces esprits du brouillard.
J'étais extrèmement sensible ce jour là à l'existence des choses, à la présence latente d'une vie endormie et cachée, qui s'éveillait comme le jour avançait. Etrangement, je me surpris à découvrir la présence forcément habituelle de choses que je ne voyais jamais d'habitude. Elles prenaient des qualités supplémentaires, des aspects que je ne leur connaissais pas, des couleurs et des nuances nouvelles, et surtout une sorte de luminescence rayonnante qui me surprit et me saisit au coeur. C'était comme si elles attiraient mon attention par quelque procédé de parole silencieuse, de mimique végétale, ou de télépathie de la plénitude universelle.
Le fait est que j'étais en paix avec mon âme et rien ne vint troubler le calme de la scène dont j'étais alors témoin et acteur. Rien si ce n'est la perception de cette insistance que les arbres, les pierres, les herbes, les animaux même semblaient montrer à me crier quelque chose. Comme l'echo lointain d'un long appel dans le silence du matin.
Les couleurs de la vitalité endormie de l'automne rayonnaient d'un éclat inhabituel, étrange et féérique qui me transportait de bien-être et d'étonnement.
J'entrai chez toi et oubliai bien vite tout ceci. Jusqu'à hier. Hier ou j'ai appris... Que ma fin est proche.
Aujourd'hui, j'ai compris ce que voulaient me dire ces choses etrangement vivantes. Elles le savaient. Elles savaient ce que je sais maintenant. Ma fin est proche. En fait elle l'a toujours été : pour nous dès le début, la fin est proche !
Et je n'ai que le temps de vous souffler ce qui m'a été dit dans la fraîche clarté d'un matin brumeux de novembre : "Vois ! Vois comme la vie est délicieuse quand on s'y laisse aller, vois comme elle est belle, et vois ce monde comme il vibre et palpite et respire. Entends comme il bruisse, et chante et fremit... Vois comme tu vis !"
Et moi je vous l'affirme, et je l'ai su trop tard pour en bien profiter : la vie n'est pas une course qu'on court contre le temps, ou il rattrape vite l'avance que l'on prend.
Sachez vivre, et vivez, la vie prend son temps, mais la mort n'attend pas que l'on sache mourir.
25/11/1989 Angers.