Suis à la bourre...
J'enfile deux à deux les quatre volées de marches qui mènent du parking moins trois au hall d'accueil. En passant devant le comptoir de l'entrée du bâtiment, je capte une phrase du planton qui s'adresse à un des ouvriers (il y a des travaux dans l'immeuble depuis quelques mois).
_...Non, pis en plus, ça veut dire plus de relations sexuelles !... avec la grippe et tout le bordel, là !
Je souris en passant ma carte devant le capteur de la pointeuse : je me dis que ça doit pas le changer beaucoup de d'habitude !
Mais voilà... Certaines petites phrases que je capte ici ou là au hasard ont un pouvoir spécial : Ca met en route la "machine à rêver" comme on appuierait sur un bouton !
Et tout le temps que dure ma traversée de l'esplanade, je m'imagine le Riton, prêt à tout pour ne pas rater son prochain coup.
Le voilà qui surgit dans sa chambre, revêtu d'un préservatif intégral, avec manches, jambes, et capuche ainsi que des terminaison en chausson pour les pieds et en gants pour les mains. Il porte le masque certifié NF contre la terrible A H1N1, et commence à s'enduire entièrement de solution hydro-alcoolique. La femme à Riton, son p'tit nom c'est Nenette. Elle est pas en reste, elle a droit elle aussi à sa combi intégrale en latex pour pas risquer une contamination... Et hop le masque...
Reste que maintenant que la zone est sécurisée, ils ont plutôt une tronche de rotis de porc cellophannés sur l'étalage du rayon boucherie d'une superette, que d'un couple sexy dans une série érotique sur une chaine de la tnt.
S'ils se frottent l'un à l'autre, est ce que ça fera le même bruit que quand on fait un caniche en nouant un ballon de baudruche ?
Je tappe le code d'entrée et je passe le bureau du courrier. Je pose ma veste, démarre ma station de travail.
Le premier mail de la liste arrive d'une boîte de prestation de service informatique. L'objet du message fait comme un déclic : "Télétravail pour faire face au risque d'absentéisme dû à la pandémie annoncée".
Et la "machine à rêver" se met en route...