Y'a des détours qu'on fait, et qu'on devrait peut être pas... En Baguenaude sur les blogs, ou j'ai pris du retard en lecture, je flâne de ci, de là et au détour d'un coin du web... Blam !
Je me prends un round baller dans la face !
Le Round baller !
Voila ce qui a tué une des choses les plus agréables de mon enfance... Faire les foins ! Un des trucs que j'aurais aimé faire vivre à mes gosses...
Terminé les levers matinaux, les petits déjeuners d'ogres avant d'aller, fonçant sur nos vélos, faire les 11 bornes qui nous séparaient de la ferme de Maurice et Jacqueline... Et à peine arrivés une belle collation, pour reprendre des forces : un bon café très sucré, et quelques pépitos, une tranche de pain beurrée et dessus étalée la belle compote de pommes !
En avant les enfants : "Montez sur le plateau du tracteur ! Et accrochez vous bien aux croisillons, nous partons pour le champ !" Des journées de bonheur, à faire des igloos en bottes de foin, a en accrocher une au cul de la remorque, avec la longue longe, et se laisser trainer, en train, à quatre ou cinq.
Et conduire le tracteur en prenant bien garde de ne pas relâcher trop fort la dure pédale de l'embrayage ! Plus grand, nous avions droit au "broc", la fourche avec trois dents, et nous chargions les bottes, jusque tout la haut... Ca tombait bien, fallait des grands...
Et décharger tout ça par la par la trappe de la grange surchauffée au soleil de midi et suffoquer, les yeux en feu dans la chaleur, la sueur et la poussière qui dessinent sur la peau des tatouages tribaux. Faire un beau tas bien rangé, qui ne risque pas de s'effondrer sur toi quand tu viendras piocher, cet hiver, pour les bêtes...
Et se battre à midi pour avoir qui la patte, qui l'aile du poulet... Se tenir à carreau pour avoir au dessert la belle récompense : tartine bien beurrée et poulain noir râpé dessus. On tirera au sort pour voir qui a l'image ! "Allez cueillir des prunes et des cerises !"
Et repartir encore passer l'après midi à refaire le matin, en plus chaud, en plus dur.
Se fabriquer dans les bosquets de noisetiers qui bordent "le champ du haut" des arcs, des flèches et des épées : "Nous serons une armée qui attaque les paysans qui ramassent le foin !"...
Et le soir revient et déjà la grange déborde.
On se remet à table, et fourbus et joyeux, on ressort le gros pain, les rillettes maison, les restes du poulet, le beurre et le pot de compote. Le cidre coule à flot : "...bois petit gars, c'est ça que boivent les hommes, c'est fait avec les pommes que tu as ramassées aux vacances à la Toussaint ! Il est bon, hein, le cid' à Maurice ?!!"
Et on rentre flapis, affalés dans l'auto. On viendra mercredi, reprendre les vélos. On se douche en vitesse et on tombe comme une masse le nez dans l'oreiller...
Et on rêve de guerriers des bois, moustaches en chocolat, Casques de feuilles et de brindilles, qui font pleuvoir les flèches sur des igloos de foin...
Aujourd'hui je roule au bord d'un champ. Je vois un type dans un tracteur climatisé. Il a dételé la remorque surdimensionnée. Seul dans son champ Il charge avec son bras de fourche hydraulique de lourdes balles rondes. Pratiques, mécaniques, efficaces, économiques. Industrielles.
Le gros rouleau de foin compresseur écrabouille un pan de ma vie d'enfant...
J'ai une boule au ventre et des grosses larmes qui coulent sur mes joues... J'accélère pour entrer vite dans la forêt.